La chasse aux sorcières

Procès, tortures, bûchers… Entre 1580 et 1640, la chasse aux sorcières est à son apogée en France. Des dizaines de milliers de personnes sont condamnées pour des pratiques hérétiques et des pactes avec le diable. La sorcellerie entraine une lourde répression qui, au delà de son aspect religieux, cache une instrumentalisation politique destinée à mater les territoires insoumis à la couronne. Retour sur une période sombre pour Harry Potter et ses amis.

Durant le XVe et les XVIIe siècles, chaque évènement fortuit est source de toutes les passions et a une signification précise. Une pie qui jacasse au dessus d’une maison ou un chien qui hurle à la mort sont des signes de mauvaises nouvelles. Si c’est un loup, il annonce l’arrivée prochaine de la guerre, de la famine ou de la peste, au choix. Cependant, il existe aussi de bons présages comme croiser un moine vêtu de noir le matin par exemple. Quelques gestes peuvent aussi protéger du malheur. L’eau bénite de la messe du dimanche permet d’éloigner le diable pendant sept jours, bien plus efficace que nos déodorants 48H actuels. Tous ces petits présages sont la preuve d’une grande superstition de la population. Le diable est vil et dispose de nombreux sbires pour parvenir à ses fins démoniaques. Les sorciers, dont 80% sont des femmes, toujours dans les bons coups celles-là, sont au service de Satan et tentent de pervertir l’âme des innocents.

En 1480, afin de lutter contre le diable et la sorcellerie, la démonologie est inventée. Elle définit l’étude du Malin comme une véritable science destinée à punir les suppôts de Satan. Il faut savoir que la sorcellerie est considérée comme un crime de lèse-majesté. Il n’y a pas pire acte que l’on puisse commettre. Ainsi, être accusé de sorcellerie mène à Poudlard la torture puis au bûcher.

Rémy, t'as encore fait tomber une merguez dans le feu !
Rémy, t’as encore fait tomber une merguez dans le feu !

Un rituel démoniaque

Dans les procès, il est généralement reproché aux sorcières d’avoir participé au sabbat. Le sabbat, à ne pas confondre avec le Chabbat, constitue les assemblées nocturnes de sorcières qui se déroulent de nuit dans une clairière, aux abords d’une forêt, près d’un dolmen… Lors de ces soirées, cérémonies païennes et orgies sont de rigueurs. Plus précisément, certains écrits relatent la façon dont se déroulent ces petites réunions nocturnes : sorciers et sorcières se huilent le corps d’un onguent provenant de chair d’enfants sacrifiés lors d’un rituel. Le diable, souvent représenté par un bouc, préside cette assemblée et incite à renier le christianisme. Les adeptes détruisent quelques objets sacrés, non pas le crucifix !, avant de s’accoupler avec des démons. La petite sauterie se termine par un banquet durant lequel sont dévorés des enfants.

Pour endiguer ces rites de sorcellerie, les enquêteurs soumettent la coupable à la torture. À l’époque, le terme n’est pas définit comme de la torture mais comme un « questionnement ». Il permet d’obtenir des aveux et de débusquer tous ceux qui pratiquent la sorcellerie. Une flopée de fausses condamnations découle de ces tortures dépassant ainsi largement le cercle des véritables accusés. S’en suit alors une chasse aux sorcières.

Les campagnes, les villages perdus, les bourgs les plus reculés, Mulhouse, aucun territoire n’échappe à la traque des enquêteurs. Les amoureux du démon doivent être extirpés de leur cachette pour expier leur crime. Au nom de Dieu ? Officiellement oui, mais derrière ces chasses à l’homme se cache une autre raison.

Ce soir au Sabbat Club, c'est opéra.
Ce soir au Sabbat Club, c’est opéra.

L’instrumentalisation de la sorcellerie

Si effectivement, le sabbat est d’abord un mouvement qui va à l’encontre du christianisme et qui est donc logiquement qualifié d’hérétique, sa portée s’étend plus loin que la notion religieuse. Le sabbat, au fil du temps, attire de plus en plus d’adeptes. Loin d’être des amateurs de Satan et de métal, ils constituent surtout une masse contestataire au pouvoir royal. Les déshérités, les mécontents, les malheureux, ceux qui n’adhèrent pas au christianisme, ceux qui contestent le pouvoir en place, finalement les raisons sont nombreuses pour rejoindre le sabbat. De plus, les pratiquants du sabbat s’opposent socialement aux juges en étant principalement des femmes paysannes face à l’homme urbain.

Dès lors, la chasse aux sorcières dépasse le cadre religieux pour devenir un instrument de l’autorité centrale. L’interrogatoire, le jugement et l’exécution deviennent des spectacles censés montrer l’exemple aux rebelles et aux hérétiques. À travers ces condamnations, c’est en réalité les villages qui sont condamnés car ils incarnent des sphères sociales marginalisées qu’il faut mater et discipliner. Il est question de détruire l’ordre villageois sans cesse suspecté de paganisme et d’insoumission à la monarchie. La chasse aux sorcières devient un excellent moyen de renforcer l’obéissance et la soumission au roi, représentant de Dieu sur Terre.

Un fait qui corrobore l’instrumentalisation de la chasse aux sorcières est la géographie de ces traques. Ces dernières se situent principalement aux frontières, territoires marqués par des oppositions vives à la monarchie et à la création d’un État unifié. Les procès des sorcières tentent d’imposer une soumission religieuse certes, mais surtout politique et sociale. Finalement, la chasse aux sorcières n’est qu’un prétexte pour soumettre les opposants au pouvoir royal.

Petit à petit, les chasses diminuent. Les derniers procès se déroulent entre 1640 et 1680 et touchent les régions récemment conquises, comme la Flandre, ou qui résistent encore à la monarchie, comme la Normandie ou le village d’Astérix. Progressivement, l’Église change de position par rapport à la sorcellerie. Les progrès du rationalisme et des sciences poussent de plus en plus au scepticisme et la réalité des sorcières s’estompent peu à peu. Finalement, à la fin du XVIIe siècle le parlement de Paris interdit toute traque.

En définitive, le nombre de morts dû aux chasses n’est pas négligeable bien que difficile à estimer. Il existe en effet peu de traces écrites des bûchers mais les historiens estiment aujourd’hui le nombre de trépassés entre 40.000 et 100.000, ce qui équivaut à quelques personnes par an.

Envie de participer à une chasse aux sorcières ?

Magistrats et sorciers en France au XVIIe siècle, de Robert Mandrou, Paris, Plon 1968.
Histoire de la sorcellerie, de Colette Arnould, Tallandier, 2009
De la démonomanie des sorcières, Jean Bodin Paris, 1580

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