Game of History

Dans la vie, il y a deux choses que j’aime plus que le saucisson : l’Histoire et Game of Thrones. Et devinez quoi, les deux sont intimement liés. L’occasion était rêvée pour vous écrire un bel article présentant les éléments qui relient la fiction à la réalité. Et comme je suis aussi mignon qu’une loutre d’Europe, il n’y aura aucun spoiler si vous avez vu les cinq premières saisons. Prêt à épouser votre grand-mère et trucider votre oncle ? Alors en avant ! Pam pam papapam pam papapam… Oui c’est la musique du générique.

Au cas où il existerait encore quelques néandertaliens ayant le cerveau d’un poisson rouge touché par alzeihmer, Game of Thrones est une saga magiquement géniale de George Raymond Richard Martin. Intitulés A Song Of Ice and Fire pour les intimes, les livres sont adaptés à l’écran par David Benioff et Daniel Weiss depuis 2011.

La trame principale de l’histoire s’articule autour de différentes dynasties voulant s’emparer du trône de fer et régner sur Westeros. Pour cela tous les coups sont permis, allant de l’assassinat à la trahison en passant par quelques parties de sexe endiablées et 2-3 Marcheurs Blancs. Quel monde sombre et horrible me diront mes lecteurs les plus farouches. Et pourtant, notre ami George trouve une part de son inspiration dans le passé de nos ancêtres, car pour lui roman historique et fantasy sont « au minimum de faux jumeaux ».

Le mur d’Hadrien ou l’étincelle qui embrasa le génie 

hadrien-gotjlcs
The Wall d’Hadrien

Datant du IIème siècle, le mur d’Hadrien traversait le nord de l’Angleterre de la mer du Nord à la mer d’Irlande. Construit à la demande de l’empereur pour endiguer les invasions barbares, il comptait à l’époque 300 tours et était protégé par 17 camps romains. Long de 117,5 kilomètres, atteignant des hauteurs de 6 mètres et des largeurs parfois équivalentes, il était un symbole de la conquête romaine dans le nord de l’Angleterre.

Par un jour d’automne de 1981, George se promène à la tombée du soleil sur le mur d’Hadrien. Contemplant l’horizon du haut du mur, il s’imagine dans la peau d’un romain il y a 19 siècles. Redoutant l’invasion des pictes, ce romain, qui aurait pu venir de n’importe quelle contrée de l’immense Empire, devait éprouver mille et une sensations. Que se cachait-il derrière ce mur, limite du monde connu ? Dix ans plus tard, George n’a pas oublié ce moment décisif dans la création de son oeuvre. Il souhaite écrire une histoire « sur des gens gardant la fin du monde ». L’idée d’un immense mur de glace germe dans son esprit. Game of Thrones est né.

La guerre des deux roses ou la lutte pour le trône de fer 

jeu-des-tronejlcs
Lancaster contre York ou Lannister contre Stark ?

George voue un culte aux Rois maudits de l’ex-résistant français Maurice Druon, qu’il qualifie de « Game of Thrones originel », et cite à l’envi dans de nombreuses interviews. Pourtant, la lutte sanglante qui oppose les Stark aux Lannister dans le tome/saison 1 trouve son origine dans une sombre période de l’Angleterre du XVème siècle, la Guerre des Deux-Roses.

La Guerre des Deux-Roses opposent deux maisons royales de l’Angleterre découlant des Plantagenêt. Les York portant pour emblème une rose blanche, et les Lancastre arborant une rose rouge.

Officiellement, les Lancastre sont sur le trône depuis 1399 mais Henri VI, entouré de conseillers impopulaires, gouverne lamentablement le pays et enchaine les revers en France. Jugé comme faible et inapte à la couronne, le roi souffre aussi de troubles mentaux hérités de son grand-père Charles VI, roi de France. La maison Lancastre est de plus en plus décriée, les familles nobles se divisent, la population gronde, en bref, le pays bouillonne.

Une nouvelle crise de folie d’Henri VI amène la création d’un Conseil de Régence mené par Richard le duc d’York, nommé alors Lord Protector du royaume. Ce dernier prend une influence certaine auprès de la cour mais il est écarté en 1455 par la femme d’Henri VI, Marguerite d’Anjou. Elle revendique le pouvoir à la place de son mari, incapable de gouverner. Il n’en fallait pas plus pour que Richard d’York se rebelle contre le pouvoir en place avant d’être tué au combat en 1460. Mais l’année suivante, son fils Edouard IV remporte la guerre en triomphant des Lancastre et monte sur le trône. Toutefois, son décès en 1483 ravive les convoitises autour du pouvoir royal. Richard, le frère cadet d’Edouard IV, dont le corps est encore chaud, déclare les fils du roi défunt illégitimes et les fait disparaitre dans la Tour de Londres. Face à ces manigances, les seigneurs de la cour se rebellent contre Richard III et se rangent sous la bannière d’un certain Henri Tudor, héritier des… Lancastre. Lors de la bataille de Bosworth en 1485, Richard III est tué et la dysnatie des Tudor accède au trône. Le nouveau roi Henri Tudor crée un nouveau blason mélangeant la rose blanche des York et la rose rouge des Lancastre mettant un terme à la Guerre des Deux-Roses.

Après avoir lu ce résumé, si maigre qu’il pourrait être sponsorisé par Taillefine, je défie quiconque de venir me dire que l’Histoire est fastidieuse. Alors ? C’est bien ce que je pensais ! Et sinon les petits malins, lequel d’entre vous aura reconnu les analogies entre la Guerre des Deux-Roses et GoT ? Commençons par la plus simple : York, ça ne vous fait pas penser à Stark ? Et Lancastre à Lannister ? Bingo ! Richard d’York rappelle sensiblement Boromir Ned Stark et son fils Edouard IV, Robb, fils en reconquête et souhaitant venger son père. Robert Baratheon, lui, n’aurait-il pas reçu l’inaptitude à gouverner d’Henri VI alors que sa femme Marguerite d’Anjou qui s’accapare le pouvoir évoque Cerseï ? Pas mal, mais le meilleur est à chercher chez Henri Tudor. Contraint à l’exil dans sa jeunesse quand Robb-Edouard IV prend le pouvoir, traqué par Richard III qui le veut mort, il revient triomphant en Angleterre et s’empare du trône. Alors certes, il est moins sexy, mais chez cet homme on devine la mère des Dragons, Daenerys Targaryen. De là à imaginer qu’elle siègera sur le trône de fer comme Henri Tudor ?

La chute de Constantinople ou la bataille de la Néra 

nera-cosntantinoplejlcs
Le feu grégeois sauvera l’une des deux cités

Peut-être le moment que je préfère dans l’Histoire. La chute de Constantinople en 1453 représente la chute de l’Empire romain d’Orient. Cet Empire au bord du précipice depuis plusieurs décennies, allié à l’arrivée au pouvoir du grand Mehmed II, mettent les pièces de l’échiquier en place pour l’un des plus grands sièges de l’Histoire. Mais alors que le mat semble proche, Constantinople va lutter héroïquement, à l’image de son empereur Constantin XI mort au combat. Le déroulement de cette bataille est ponctué de bravoure, de courage mais surtout de rebondissements et d’espoirs, avant une fin inéluctable. Promis, j’écrirai un article sur ce siège.

Lors de la bataille de la Néra, dans le tome/série 2, les Lannister sont assiégés à King’s Landing par les armées de Stannis Baratheon qui revendique le trône de fer. Alors que le libidineux Tyrion se retrouve malgré lui à mener les armées de la capitale contre l’envahisseur, l’espoir de protéger la ville et de garder la couronne semble mince. Mais le nain a plus d’un tour dans son sac, il bloque l’armée navale de Stannis par une énorme chaine de fer qui empêche toute retraite et divise la flotte, puis arrose de feu grégeois les navires bloqués. Les envahisseurs sont en déroute et les Lannister conservent le pouvoir.

Ce brave George est allé chercher ces deux éléments de victoire dans le siège de Constantinople. En effet, les assiégés disposaient eux aussi d’une chaine de fer gigantesque destinée à empêcher une invasion maritime. De même, la ville usa du feu grégeois pour lutter contre les Ottomans dont les effets dévastateurs ne permirent toutefois pas la victoire.

L’Écosse noire ou les Noces Pourpres 

robbblackdinerjlcs
L’art de la trahison

L’assassinat de Robb Stark et de ses proches lors de ce banquet est un véritable traumatisme pour tout amateur de GoT. Cet épisode du tome/saison 3 est l’un des plus marquants de la série, de par sa violence émotionnelle et son dénouement. À titre personnel, j’ai cessé de lire les livres pendant près d’un mois après ce chapitre bouleversant. Mais là encore, George a trouvé son inspiration chez les hommes de notre Histoire qui n’ont pas leur pareil en matière de barbarie.

En vérité, les « Noces Pourpres » trouvent leur origine dans deux évènements de l’histoire de l’Écosse. Le premier est le « Diner Noir » du 25 novembre 1440.

Le Comte William Douglas et son frère David, ambitieux et proches du roi Jacques II d’Écosse, sont invités innocemment par les familles Crichton et Livingstone. Le but de ce banquet est de calmer les ardeurs belliqueuses entre eux. Officiellement du moins, car à la fin du repas William et David Douglas sont arrêtés. Après un procès qui aurait fait pâlir Steven Avery, ils sont exécutés le soir-même avec leurs conseillers et ce en dépit des protestations du jeune roi.

Le deuxième événement n’est autre que le « Massacre de Glencoe » de 1692 où 38 personnes du clan MacDonald furent sauvagement assassinés par les hommes à qui ils avaient offert l’hospitalité. Mandatés par Guillaume d’Orange, le roi d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande, les tueurs doivent supprimer le clan MacDonald qui a fait allégeance au régent un peu trop tardivement. Après plusieurs jours de gîte chez les MacDonald, les soldats reçoivent des ordres signés du roi pour assassiner « tous ceux de moins de soixante-dix ans ».

L’Histoire continue…

Les références historiques dans GoT sont légion. Il peut être amusant de tracer des parallèles ou des comparaisons entre la fiction et la réalité. Le fameux Khal Drogo, charismatique et conquérant, ressemble étrangement à Gengis Khan, le fondateur de l’Empire mongol au début du XIIIème siècle. Le Khal, ‘chef’ en langage Dothrak, est phonétiquement proche du Khan, ‘chef’ en mongol. Tous deux sont des conquérants, sûrs de leur force.

Dans le tome/saison 5, la marche nue de Cerseï à travers King’s Landing renvoie à Elizabeth Jane Shore qui fut contraint par Richard III de marcher nue dans les rues de Londres pour expier ses fautes.

Enfin, un dernier mot sur les Immaculés, l’armée sans peur qui combat pour Daenerys. Ils sont le portrait-robot des janissaires turcs qui constituaient une armée puissante formées par des esclaves sous l’Empire ottoman.

Quant à Joffrey Baratheon ? Il me fait penser à tous les sales mioches qui font des caprices parce qu’ils n’ont pas eu leur goûter.

Envie de mélanger fiction et réalité ?
La saga Game of Thrones de George Martin
La série Game of Thrones de David Benioff et D.B.Weiss

Publicités

Commente comme Socrate

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s