Du transhumanisme

Beaucoup d’utopies et de rumeurs entourent le courant transhumaniste, à commencer par son but ultime qui constitue aussi son paroxysme. J’entends évidemment la victoire face à la mort. Ici réside le fantasme des scientifiques et des humains. Le transhumanisme plane dans un voile flou teinté de légendes et de rêves. Au centre de cet obscur brouillard réside, impassible, ce désir fou de vaincre la mort. Car elle a toujours fasciné autant qu’effrayé, le commun des mortels.

Blaise Pascal, dans ses Pensées, écrit : « Les hommes n’ayant pu guérir la mort […], ils se sont avisé de n’y point penser ». La mort effraie l’homme car il ne la connait pas. Elle constitue peut-être la plus grande énigme qui entoure la vie humaine. Elle est indéchiffrable, inconnaissable, source de toutes les peurs et de toutes les espérances. Elle est « le grand peut-être » comme disait Stendhal. Car, face à la mort, il n’existe que deux chemins : la douce espérance que quelque chose nous attend pour l’éternité, ou plus pragmatique, celui sur lequel nous ne sommes que de simples mortels. Toutes ces questions philosophiques pourraient laisser libre-court à de nombreuses discussions passionnées et enflammées mais au final, il ne resterait que ces deux réponses. Soit il y a quelque chose, soit il n’y a rien.

La science constitue aujourd’hui un intérêt médical et social sans précédent. Les recherches scientifiques qui en émanent laissent augurer de belles promesses quant à la possibilité de guérison et d’amélioration des conditions de vie. Mieux, il ne s’agirait pas que de réparer l’homme, mais aussi de l’augmenter.

Depuis une quinzaine d’années, le mouvement transhumaniste (et bientôt posthumaniste ) ne cesse de prendre de l’ampleur. Guérir le corps de n’importe quelle maladie, le maintenir dans un état de santé permanent… et même de manière intemporelle.

Le XXIème siècle et le progrès ont permis d’esquisser les premiers traits d’une troisième option après celles de l’éternité religieuse ou du trépas. Une option, dans laquelle la Grande Faucheuse n’aurait pas son mot à dire. Le transhumanisme et ses fantasmes se posent aujourd’hui comme un futur rempart à la mort. Plus question de la craindre, elle pourrait être vaincue par la prouesse des avancées technologiques de l’homme. Le but ultime, l’immortalité. Mieux, le choix. Le choix d’aller à la mort quand on le souhaite et de ne pas craindre qu’elle ne vienne nous saisir quand bon lui semble. Thanatos et Hadés n’auront qu’à être patients car les hommes ont désormais leurs dieux : la technique et les ingénieurs. Futurs bourreaux de la plus grande des criminelles.

Aujourd’hui, il existe un intérêt réel et croissant pour le mouvement. Car comme la mort, il fascine et effraie au plus haut point. L’idée qu’il est possible de vaincre la mort montre le génie de l’homme. Elle montre aussi sa soif de contrôle et de pouvoir sur sa Nature qu’il ne devrait pas essayer de dominer. Ce mouvement vacille entre des avancées qui paraissent prophétiques et d’autres qui semblent réalistes. D’une certaine manière, il incarne ce qu’a toujours été la recherche : un savant mélange de rêve et de réalité. Cette curiosité pour ces mouvements, et l’idéologie qu’ils incarnent, est parfois partisane, parfois adversaire. Les discours que l’on peut entendre dans lesquels l’homme pourrait être augmenté physiquement et cognitivement, les transformations du corps, les espoirs de triompher de la mort, créent un sentiment ambivalent et contradictoire. L’homme est à la croisée des chemins entre l’éblouissement et la peur. Un peu comme s’il était ensorcelé, mû par un enchantement envoûtant, hypnotisé par ce qu’il peut accomplir. Et apeuré par les questions éthiques et morales que ces mouvements soulèvent.

Si les chercheurs parlent au conditionnel et prônent la retenue dans les avancées scientifiques en général, les acteurs du mouvement transhumaniste sont plus entreprenants, plus catégoriques, plus affirmatifs. Ces partisans du transhumanisme imaginent un homme parfait, écrasant largement un homme « classique » à la santé idéale mais non-augmentée. Verrons-nous un jour deux espèces sur notre planète ? L’une augmentée et l’autre pas ?

Envie de s’augmenter ?

Demain les posthumains, le futur a-t-il encore besoin de nous ?, de Jean-Michel Besnier (2012)
Homo Labyrinthus : humanisme, antihumanisme, posthumanisme, de Frédéric Neyrat (2015)

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