[Récit 2/5] Blaise Pascal et les Pensées

Je suis sincèrement ravi de vous voir. Pourquoi ? Parce que si vous êtes ici, c’est que le premier article sur Pascal vous a plu. Vous avez envie d’en savoir plus et vous avez bien raison. Prêt pour ce deuxième épisode de Breaking Bad, de Blaise Pascal ? Alors en avant.

Les origines des Pensées ; un projet progressif 

Nous sommes au début de l’année 1646 quand le père de Pascal se blesse gravement à la jambe. Destin ou hasard, deux jansénistes arrivent peu après chez notre philosophe et soignent son père. C’est ce jour-là que Pascal entend parler pour la première fois des jansénistes. « Dieu qui sauve ou qui damne ». Cette maxime n’est autre que la définition que font les jansénistes du christianisme. L’homme ne peut se sauver par ses seuls mérites. Cette théorie de la prédestination est inventée par Jansénius (1585-1638), un prêtre hollandais qui devait se la jouer un peu pour donner son nom à un courant de pensée. Pascal n’est pas insensible à la théorie janséniste. Il devient dès lors un scientifique chrétien, imaginez le paradoxe à l’époque, face aux incroyants.

Notre philosophe apprécie les soirées mondaines. Celles auxquelles il participe sont animées par des infidèles athées indifférents à la religion. Lors de ces soirées, Pascal rencontre le chevalier de Méré, théoricien de « l’honnêteté ». Le janséniste a un profond respect pour cet homme amateur de jeux. À la suite d’un pari sur les gains potentiels d’un jeu, Pascal invente pour lui la première machine à calculer.

Cette période de sa vie mondaine prend fin le soir de « la nuit du feu » comme dirait Pascal. Le janséniste se trouve dans un carrosse avec des amis quand l’attelage prend peur et se précipite du haut d’un pont. La calèche se retrouve en équilibre menaçant de tomber à son tour. Sous le coup de l’émotion et de la peur de mourir, Pascal tombe dans le coma. Il ne se réveille que 15 jours plus tard. Le 23 novembre 1654, de 22h30 à 0h30, Pascal a une rencontre avec Dieu himself. Il est alors convaincu de l’existence du Bruce Tout-Puissant.

On dirait une de mes copies en philo...
On dirait une de mes copies en philo…

Il faut croire que Dieu voulait vraiment recruter Pascal car en mars 1656 a lieu le miracle de la Sainte Épine. La nièce de Pascal guérit mystérieusement d’une maladie incurable après avoir touché l’épine de la couronne, une relique janséniste sacrée. Ce miracle ne fait que renforcer l’attrait de Pascal pour le jansénisme et c’est à partir de ce jour que nait en lui l’idée d’écrire une apologie de la religion chrétienne. C’est dans ce but qu’il accumule un tas de notes durant plusieurs années. Il écrit ses ébauches sur des bouts de papier qu’il finit par coudre ensemble durant des cours d’écriture-couture. Certaines d’entres-elles sont des maximes alors que d’autres l’aident à se souvenir d’idées diverses sans compter les longues analyses construites et élaborées avec minutie. Dans ses liasses, il ne tente pas de prouver l’existence de Dieu mais il montre l’intention et le but de la religion.

Toutes ses pensées constituent une œuvre inachevée car à partir de 1658 sa maladie atteint son paroxysme et l’empêche d’écrire.

Une œuvre posthume

À sa mort, Pascal laisse derrière lui toutes ses notes à sa famille et allez démerdez-vous. Elles se présentent sous formes d’un cahier avec des fiches de tailles variables. Elles portent des traces de perforation et de numérotation qui peuvent laisser à penser que l’auteur avait voulu toutes les classer mais ne nous mentons pas, c’était un véritable capharnaüm. Ainsi, personne n’a su quelle forme finale Pascal avait voulu donner à ses écrits. Cependant ses amis et sa famille tentent de réaliser un premier livre qui se nomme Première Copie et est très vite suivi par un deuxième volume. Il y a par la suite plusieurs éditions de ses écrits mais c’est celle de Port-Royal (1670) qui lui donne le nom des Pensées. C’est une œuvre posthume. Des tas d’éditions se succèdent ensuite et toutes se heurtent au même problème : Que publier et dans quel ordre ? Beaucoup s’y essayent mais souvent le résultat change radicalement de ce que l’auteur semblait vouloir transmettre. C’est finalement la toute première édition des Pensées, celle de Port-Royal, qui s’impose définitivement tant elle s’approche de la nature du texte. Elle porte le nom qui suit : Pensées de M. Pascal sur la religion et quelques autres sujets. Cependant, cette édition est largement critiquée par l’église catholique dans de violentes joutes verbales. De plus l’édition omet certains passages. Les amis du défunt génie, ne voulant pas s’attirer les foudres de l’église, ne publièrent pas les passages qui auraient pu créer une nouvelle polémique, la censure comme on l’aime, merci le pape.

Malgré ces lourdes imperfections, cette édition est la plus populaire jusqu’au début du XIXème siècle et jusqu’à la redécouverte des Copies, faites par les amis et héritiers de Pascal, à la Bibliothèque Royale de Paris. Ces copies sont classées exactement comme le manuscrit original laissé par l’auteur et on découvre que cette classification est véritablement opposée à l’édition de Port-Royal qui finit par être discréditée à son tour. Ces copies, que tous reconnaissent comme étant l’ordre que Pascal voulait donner, sont divisées en 27 liasses qui se composent de la manière suivante, je vous ai fait un petit tableau tout mignon :

tableau maison pascal

La découverte de ces copies et de ce genre de sommaire a décuplé les éditions des Pensées mais toutes ont utilisé leur propre classement. De nos jours, les différentes maisons d’édition sont dans l’ensemble unanimes : il faut préserver l’ordre préconisé par l’auteur et il leur a fallu deux siècles pour comprendre ça ?. Cependant les « papiers non-classés » qu’a laissé Pascal sont matières à polémique et il est donc fréquent de voir les Pensées les présenter différemment d’une édition à une autre. Seuls les titres sont classés dans l’ordre établi mais les pensées qui appartiennent au domaine traité sont rangées dans des classements différents. Les éditeurs s’accordent à dire que lire les Pensées, c’est pénétrer dans le bureau de Pascal et découvrir comment il travaillait. Une manière poétique de dire que c’est un foutoir sans nom.

[Affaire à suivre…]

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