Tamerlan le boiteux

Quand on imagine les plus grands chefs de guerre de l’Histoire, on pense généralement à Alexandre le Grand, César, Napoléon et Gengis Khan. Pourtant, un autre stratège mériterait de compléter cette équipe de conquérants mais il n’est pas autant passé à la postérité que ses pairs. Pendant le XIVème siècle, un homme, fondateur de la dynastie timouride, a ravagé le Moyen-Orient et l’Asie. Il se nomme Tamerlan et je me propose de vous conter son histoire.

L’ascension du boiteux

Un jour d’avril 1336, dans un clan de nomades turco-mongols, naît le jeune Anakin Skywalker Tamerlan. Sa venue au monde est entourée de légendes. Si le garçon n’est pas censé rétablir l’équilibre dans la force, son père Taragay aurait eu un rêve prémonitoire dans lequel un ange lui aurait annoncé la venue prochaine d’un homme qui conquerra le monde. Timur Lang est le nom perse de Tamerlan que l’on peut aussi traduire par Timour le Boiteux. Pourquoi ce nom ? Car Tamerlan reste estropié dès l’âge de 27 ans lors d’une bataille, durant laquelle il reçoit des flèches à la cuisse et au coude droit.

Le petit Tamerlan grandit au coté de son père, chef des tribus Barlas. Son éducation s’articule autour d’exercices physiques et de lectures assidues du Coran. On dit de lui qu’il est doux et sympathique. Le dragon dort encore.

Vers 16 ans, il débute sa carrière militaire et prend vite du grade sous les ordres de l’émir Kazghan. Mais l’assassinat de ce dernier retarde l’assouvissement des ambitions naissantes du jeune Tamerlan. Un nouveau chef, Tughluk, prend la place de Kazghan sur le trône mais il est assassiné à son tour l’année suivante. Tamerlan s’oppose alors au petit-fils de Kazghan et le vainc. En 1369 il est officiellement proclamé souverain de Samarcande. Mais pour préserver l’illusion d’un pouvoir mongol toujours en place, Tamerlan laisse sur le trône un « Khan fainéant ».

Tamerlan
Une main d’acier, un regard froid

Un conquérant assoiffé de batailles

Tamerlan est un féroce guerrier, un conquérant à la soif de conquête infinie. Sa voix forte et puissante lui offre un charisme sans pareil, faisant de lui un chef de guerre redoutable. Dès 1370, il entame le début de ses conquêtes innombrables pour assouvir ses désirs de guerre et ses ambitions. Il rêve d’établir un Islam impérial à travers le monde. Rire diaboliquement après cette phrase.

Toutefois, Tamerlan est un guerrier désorganisé. Ces victoires sont impressionnantes mais les conquêtes s’étendent de manière désordonnée, comme s’il n’avait aucun plan défini dans l’annexion des territoires. Combattant d’abord en Ouzbékistan et au Turkménistan, il se tourne ensuite vers l’Asie, où il détruit la domination mongole. Puis son regard dominateur se porte vers l’ouest qui lui permet d’annexer l’Iran et l’Afghanistan. La puissance de son pouvoir, basée à la capitale Sarmacande, est la plus forte sur ces deux territoires. Fervent musulman à l’instar de son père, il attribue ses victoires ininterrompues à Allah. « Il donne la victoire à celui qu’il a choisi pour faire triompher la justice ». Sûr de sa force, il s’attaque alors à la Syrie, à l’Irak, à l’Anatolie, à l’Arménie, à la Géorgie, aux 35 heures. Mais si Tamerlan s’oppose aux autres, ce n’est pas forcément parce qu’il est contre eux, il les combat parce qu’ils sont là. Cet homme sans pitié, cet autre fléau de Dieu poussant la guerre à son paroxysme, affronte tous ceux qui se trouvent sur son passage.

En 1388, il prend officiellement le pouvoir en devenant sultan. Il s’oppose alors vertement au pouvoir mongol et affirme les deux éléments indissociables de la dynastie timouride : l’influence turque et l’Islam, auquel le titre de sultan fait référence. Il prend également le titre de « Grand émir », qui sera conservé par ses successeurs. Son empire s’étend de la Volga au golfe Persique, de la Turquie au Gange.

Sa domination est d’une violence extrême, sa férocité effrayante n’a d’égale que la taille immense de ses conquêtes. Tamerlan gouverne un empire en guerre permanente qui se caractérise par des massacres, des destructions, des razzias. D’une intransigeance religieuse exacerbée, il ne fait preuve d’aucune clémence envers personne. En 1387, il ordonne l’exécution des 40.000 habitants de la ville perse d’Ispahan ayant tenté de se rebeller contre lui. Plus tard en Inde, en 1398, il fait exécuter 100 000 prisonniers… De même, dès qu’il prend une ville, il ordonne la destruction des églises et des lieux de culte autres que l’Islam. Souvent Tamerlan impose des génocides de masse afin d’éviter d’éventuelles rébellions et d’anticiper la naissance de nouveaux ennemis.

Jamais assouvi, Tamerlan mène personnellement son armée jusqu’à sa mort. À la fin de sa vie, l’inusable combattant se fait porter par ses guerriers sur le champ de bataille, trop fatigué pour se déplacer seul. Il meurt de la peste en 1405, en campagne contre la Chine.

Timur_Empire
L’immense empire de Tamerlan

Dans l’ombre de Gengis Khan ?

Souvent comparé à Gengis Khan, Tamerlan a aussi porté le prestigieux titre du « plus grand conquérant de son temps ». Toutefois, la comparaison s’arrête là car, à l’inverse de son prédécesseur, Tamerlan n’a pas laissé d’empire viable à sa mort. Toutes ses expéditions, ses conquêtes, ses victoires ont étendu le territoire certes. Mais derrière ces raids sanglants, Tamerlan n’a rien apporté aux peuples soumis sinon la ruine ou la désolation. Le conquérant n’avait pas de projet politique permettant d’annexer efficacement les territoires à son empire. De plus, si Gengis Khan fonde un pouvoir mongol, Tamerlan établit un pouvoir turc qui n’a pas les côtés novateurs du système gengiskhanide. Le pouvoir timouride réside dans l’illusion d’un seul homme, Tamerlan. Chef de guerre émérite, il a créé l’unité autour de son nom grâce à ses conquêtes impressionnantes et sa stratégie inégalée. Mais quand la clé de voûte a disparu, les fondations se sont effondrées.

Un adage veut qu’on ne puisse gouverner qu’à l’une de ces trois conditions : par amour, par richesse ou par crainte. Tamerlan a fondé son pouvoir sur la peur et la force militaire. Se montrant implacable avec ses ennemis, il n’a pas su créer une union politique derrière ses conquêtes, ni même une union au sein de son empire. Mélangeant le Yasak, code de lois impériales de Gengis Khan, et la charia, la loi islamique, Tamerlan n’a pas su fonder d’empire florissant voué à la postérité. Il a surtout détruit, ravagé, pillé, brûlé… Près de 5% de la population mondiale de l’époque aurait périt sous le fil des épées de son armée. Il a causé la destruction de l’empire Kiptchak mais n’a rien érigé en retour. Il a ruiné les grandes cités Perses, comme Bagdad, mais n’a pas rebâti ces lieux prospères.

Passionné de culture et de connaissances, Tamerlan rêvait de faire de Samarcande la plus belle ville du monde. S’il a marqué durablement l’architecture de la ville, il a échoué au-delà de la cité. Malgré ses conquêtes et la richesse des peuples qu’il a vaincu, il n’a pas su non plus élargir l’influence culturelle de son empire. S’il a imposé avec violence le fanatisme musulman aux Turcs de la Transoxiane, médiateurs de l’Asie Centrale, il a surtout créé une fracture à jamais entre eux et leurs frères de la Mongolie et de la Chine.

Son nom a certes traversé l’Histoire, mais son empire a commencé à se déliter dès sa mort. Peut-être même avant car lui-même n’avait aucun plan défini, changeant souvent ses idées, doutant parfois de son gouvernement. Tamerlan a conquis l’orient du Caucase jusqu’à l’Asie Centrale mais n’a pu laisser derrière lui un empire fort. Contrairement à Genghis Khan qui a fondé l’Empire mongol avant lui, le plus vaste empire connu de tous les temps. Toutefois, les conquêtes de Tamerlan alliées à l’instauration du pouvoir timouride ont progressivement amené la grande époque turque du XVème siècle. Les Ottomans trouveront l’équilibre et la mesure qui ont fui Tamerlan pour ériger un empire incroyablement fort et solide qui perdurera jusqu’en 1922 !

Envie de conquérir le monde ?
L’Empire des steppes, de René Grousset, 2001
Tamerlan, de Jean-Paul Roux, 1991

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